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Connaitre, prévenir et lutter contre le gel

Posted On 08 févr. 2018
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Le terme gel ou gelée désigne un phénomène météorologique consistant en un abaissement de la température de l’air au dessous de 0°C, qui se produit à certaines époques de l’année et dans certaines zones qu’on appelle gélives. La  prévision des températures en Tunisie donne l’opportunité de connaître à temps les risques de gel et le mode d’intervention pour y remédier.

Le gel et ses causes

Le gel se traduit par la solidification des liquides, spécialement l’eau et sa transformation en glace (givre) à la surface du sol ou des plantes. Selon son intensité (degré de température <0, durée, rapidité), ce phénomène peut affecter des cellules, des tissus ou des organes et engendrer des dégâts allant jusqu’à la destruction partielle ou totale d’une culture. Sachant que l’eau en se congelant augmente de volume, la sève contenue dans les espaces intercellulaires ou même à l’intérieur des cellules peut se congeler et entraîner leur déchirement.

Parmi les régions agricoles certaines sont considérées comme plus ou moins risquées selon le nombre de jours dont la température minimale est inférieure à 0°C.

Formes de gel

-Le gel peut être dû à l’arrivée de masses d’air froid en hiver (sur de vastes régions pendant une durée assez longue). Face à ce phénomène, la couverture nuageuse ou une forte hygrométrie de l’air ne jouent pas leur rôle de régulateur dans les transferts d’énergie. Appelé gel d’advection, il est à l’origine des « gelées noires » entrainant un noircissement de la végétation.

-Le gel est aussi dû au rayonnement nocturne (restitution par le sol et l’atmosphère de la chaleur accumulée le jour) par temps calme (absence de vent) et froid, ciel dégagé entrainant un refroidissement du sol et nuits longues (certains agriculteurs y ajoutent la pleine lune). Si l’air est sec et le vent quasiment absent, on peut observer des baisses de température supérieures à 15°C entre le coucher et le lever du soleil avec de brusques pertes de 2°C à 4°C par heure en fin de soirée. Le gel dû au rayonnement se produit le plus souvent au printemps et cause les « gelées blanches » limitées dans le temps et l’espace résultant de la congélation de l’humidité de l’air qui se dépose sur les plantes (rosée) ou le sol.

Généralement, en arboriculture les gelées noires, hivernales, coïncident avec la période de repos végétatif des arbres et causent moins de dégâts que les gelées blanches, printanières, qui surviennent pendant la reprise de la végétation (débourrement, floraison, formation des fruits) avec des dégâts importants.

Moyens de prévention

La lutte contre le gel a été, de tous temps, l’un des soucis majeurs des agriculteurs, surtout dans les régions où ce phénomène est fréquent et où il peut causer des dégâts aussi bien à l’agriculture et l’élevage qu’aux infrastructures, à la circulation (verglas en cas de pluies), etc.

Moyens passifs

De nombreux moyens préventifs existent pour réduire les risques de dégâts, à commencer par :

– La connaissance de la région de production (ou même l’emplacement précis du verger) avant d’installer les cultures (zones gélives-bas fonds, accumulation d’air froid). Les données collectées sur plusieurs dizaines d’années par les services météo donnent des indications précieuses sur  les risques de gelées dans une zone de production.

– De même, l’adaptation des calendriers de mise en place surtout en cas de cultures annuelles, l’installation de brise vents (dans certains cas) et écrans en couverture, état et travail du sol, matériel végétal (variétés et porte greffe), désherbage,..

– Dans tous les cas l’expérience de l’arboriculteur est essentielle, en plus de l’utilisation d’instruments comme les thermomètres, etc..

– Certaines pratiques comme les tailles, traitements, filets antigrêle,…permettent aussi de retarder la végétation et ainsi de réduire les risques.

Moyens actifs

Ce sont ceux qui permettent de réchauffer le milieu. Les techniques les plus connues, sont :

* L’aspersion et brouillards artificiels (qui ont montré leurs limites). Le choix du système dépendra essentiellement des risques de gelées (intensité, répétition, seuils de sensibilité pour une espèce donnée) et de la disponibilité en eau.

*Les chaufferettes ou braseros. Cette méthode jugée difficile d’utilisation, coûteuse et polluante a été généralement remplacée par l’emploi de bougies de paraffine.

*Les bougies (sous forme de pots métallique renfermant prés de 5 kg de paraffine), bûches et pains calorifiques (composés de sciure et paraffine), à paraffine ou fioul. Par hectare, 300 à 600 bougies (ou 400 bûches d’environ 205 kg) seront allumées en fonction de l’intensité du gel. Le nombre de foyers sera renforcé sur les bordures, du coté du vent dominant et/ou face aux flux d’air froid en fonction de la topographie des lieux.

*Les rampes de chauffage au gaz, très polluantes.

*Dans cet arsenal anti-gel, il faut rappeler les techniques à base de ventilation (tours à vent ou « wind-machines ») qui cherchent à briser l’inversion thermique (températures plus froides au niveau le plus bas) en aspirant de l’air plus chaud en hauteur pour le restituer au niveau des surfaces et les réchauffer. Au cours de la nuit l’air se refroidit. Le brassage d’air permet de maintenir un écart de température avec les zones non protégées, mais n’empêche pas une baisse au niveau du verger. Ces machines à l’efficacité avérée (le vent créé fait remonter la température de 3 à 4°C) permettent de couvrir 3 à5 ha chacune en cas de gel, et sont intéressantes surtout si elles sont  subvontionnées. Cependant, cette méthode de protection convient contre un gel de rayonnement et non contre un gel d’advection.

*De même, il faut signaler les systèmes de câbles électriques chauffants (installés le long des fils de palissage de vigne)

*Turbine chauffante à gaz, tractée (jusqu’à 10 ha par machine, avec un passage toutes les 7 à 10 min). Elle ventile horizontalement la chaleur produite par un générateur de chaleur.

La température est de 80°C à 100°C à la sortie de l’appareil et le gain obtenu est de 1°C à 2°C.

Chacun de ces systèmes a des avantages, des limites et des inconvénients ainsi qu’une efficacité variable selon les situations particulières qui se présentent, d’autant que les gelées ne sont pas toujours identiques, ce qui affecte fortement la réussite de la protection antigel. L’agriculteur doit disposer, par conséquent, d’un matériel fiable et correctement installé, connaitre « les seuils de sensibilité de ses cultures en fonction des stades végétatifs, suivre régulièrement les mesures de température et d’humidité (surtout nocturnes) ainsi que les alertes météorologiques et veiller à la bonne explication du matériel et données pour éviter les échecs et leurs conséquences catastrophiques.

Comme moyens de mesure (outils d’aide à la décision), quelle que soit la technique utilisée, on peut recourir aux thermomètres (sec et humide), thermomètre avertisseur, sondes de température,… sans oublier que les différentes cultures à différents stades de leur développement, peuvent résister aux gels d’intensité différente (seuil de sensibilité).

Le choix du système le mieux adapté dépend des températures qui dominent dans la région de production, de la fréquence des gelées (nombre de jours ou risque de succession d’années gélives), de leur type, de l’espèce cultivée, de l’âge des arbres,… Il est donc essentiel de choisir un équipement adapté aux conditions propres de chaque agriculteur et en fonction des caractéristiques de son exploitation, sachant qu’une combinaison de systèmes est aussi possible (par exemple tours à vent combinées à un chauffage par bougies). Par ailleurs, le choix du matériel adéquat ne doit pas faire oublier l’importance de la gestion (mise en route, arrêt) de ce matériel ainsi que de la conduite de la lutte elle-même.

En plus des contraintes techniques, humaines et environnementales, le choix est aussi économique puisque la lutte antigel est très coûteuse, sachant qu’elle permet d’éviter des pertes colossales.  Les agriculteurs ne doivent pas négliger non plus, la possibilité de mettre en place des dispositifs collectifs et ne plus penser uniquement aux solutions individuelles, démarche caractérisant tous non agriculteurs et les empêchant d’aller de l’avant.

 

 

 

 

 

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