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Le carpocapse du pommier: Raisonner la stratégie de lutte

Posted On 27 août 2018
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Plusieurs ennemis de culture menacent les vergers de pommier et plus particulièrement pendant la période allant de mars à septembre et qui coïncide avec les stades phénologiques critiques à savoir : la floraison , la nouaison, le grossissement des fruits et le début de la maturité. L’un des principaux ravageurs est le Carpocapse (Cydia pomnella) qui est répandu dans l’ensemble des régions de culture des Pommacées. Ses principales plantes-hôtes sont le pommier et le poirier, mais s’accommode aisément du cognassier, du noyer, du pacanier et quelquefois du prunier et de l’abricotier. Sa simple présence au niveau d’un verger se traduit par un déclassement des lots de fruits, voire une impossibilité de mise sur le marché.

Sur pommier, les dégâts sont de deux types :

-légères morsures superficielles, faites par les jeunes chenilles au moment de leur stade baladeur qui dure deux jours environ. Ces attaques bien remarquables sur les fruits verts se cicatrisent et forment des taches liégeuses.

-galeries en spirale, orientées vers les pépins et encombrées de déjections larvaires, résultant du mâchage des chenilles.  Les fruits rongés peuvent avorter lorsque l’attaque intervient juste après la floraison, chuter précocement (caractéristique du Carpocapse) ou mûrir prématurément lorsque l’attaque est plus tardive.

A noter que les ponts d’entrée de la larve s’établissent fréquemment au contact de deux fruits, d’un fruit et d’une feuille ou dans la cavité de l’œil. En matière de sensibilité aux agressions, le pommier est vulnérable durant toute la période d’activité de l’insecte.

Stratégie de lutte

Pour maintenir les dégâts du carpocapse à un niveau économique tolérable, il est indispensable de prendre certaines mesures prophylactiques et de bien connaître la biologie du ravageur. Le raisonnement de la lutte s’articule autour de l’évaluation du risque, du seuil d’intervention admis et de l’alternance des insecticides durant la saison.

Le piégeage sexuel

Pour l’estimation du risque

Simple à installer en verger, ce procédé d’avertissement est une des techniques à mettre nécessairement en œuvre afin de mieux diriger la lutte anti-carpocapse. Pour cela, il est recommandé dès fin mars et jusqu’à la récolte, de placer des pièges selon une méthode précise. Bien exécuté, le piégeage sexuel précède le risque encouru par la parcelle et permet de prendre en compte les déplacements des papillons. Les contrôles visuels, outils supplémentaires d’estimation du risque, doivent être effectués tous les 10-15 jours sur 1.000 fruits pris sur 50 arbres dont 20 situés en bordures. Lors de ces comptages, il est recommandé d’examiner particulièrement les fruits groupés.

La lutte intégrée

Elle comprend :

-la lutte chimique faisant appel à un choix d’insecticides sélectifs et de traitements localisés ;

-la surveillance de l’activité des ravageurs afin d’assurer la planification des pesticides ;

-la combinaison de mesures biologiques, culturales, mécaniques…

Sous le régime de la lutte intégrée et de la gestion raisonnée d’un verger, l’agriculteur est amené à prendre des décisions de nature stratégique pour intervenir dans la conduite phytosanitaire. Il doit à priori tenir compte des niveaux des populations de ravageurs effectivement présents pour décider de l’opportunité d’un traitement à faible répercussion écologique, de manière à sauvegarder autant que possible, les organismes auxiliaires. On voit ainsi apparaître les notions de seuil de tolérance et de nuisibilité, c’est-à-dire des insecticides épandus à bon escient et lorsque les populations de ravageurs dépassent le seuil d’intervention.

Choix et positionnement des produits

La qualité de la lutte contre la première génération est décisive pour la sauvegarde de la récolte car les dégâts peuvent être décuplés entre le premier et le deuxième vol. Pour s’en prémunir, la couverture insecticide doit être permanente durant la période de risque précisée par le piège sexuel. En matière de lutte, deux possibilités s’offrent au producteur :

-lorsqu’il opte pour un traitement ovicide, la durée probable de ponte des femelles est d’une semaine. En conséquence, il faut intervenir dès que le seuil est atteint en cas de population faible ou dès les premières captures quand les populations sont abondantes ;

-lorsqu’il penche pour un insecticide à effet larvicide, il faut attendre 5 à 7 jours après le dépassement du seuil de manière à réprimer les jeunes larves issues des premiers et derniers œufs pondus.

Principes de raisonnement

-bien estimer à la parcelle le niveau de populations par piégeage, par notation sur fruits en fin de G1, à la récolte et par bandes pièges.

-sur des populations fortes, privilégier les organo-phosphorés « durs » au moins durant les périodes  à haut risque et surtout sur le 1er vol et ne faire revenir une famille d’insecticides qu’après 3 voire 4 générations.

-utiliser les produits « doux » uniquement sur les populations faibles à moyennes

-rechercher s’il y a des trous de couverture en comparant la période de protection au risque global et aux données de piégeage des parcelles ;

-maintenir une cadence d’interventions de 10-15 jours pour la majorité des produits. En août, par fort ensoleillement, cette cadence peut être baissée à une semaine en cas de risque (forte pression du ravageur).

-il est important de bien traiter la première génération pour limiter la nuisibilité des autres généralement plus difficiles à contrôler en raison du stade baladeur très court.

-envisager des tests de résistance.

Confusion sexuelle

La confusion sexuelle fait partie des techniques de protection intégrée pratiquée contre les bioagresseurs. Contrairement à la lutte chimique classique, elle perturbe le comportement sexuel des ravageurs et limite leurs accouplements. Pour ce faire, des diffuseurs posés en divers endroits dans la culture émettent une substance  (phéromones) qui perturbe la reconnaissance des femelles par les mâles, troublant ainsi leur réunion. Dans le cas du Carpocapse, par exemple, les accouplements sont moins nombreux et les chenilles responsables des dégâts le sont aussi. Un des gros avantages de cette pratique est la réduction d’une manière subtile de l’intensité de la lutte chimique, voire la proscription totale de l’usage des insecticides contre le ravageur soumis à ce traitement de désunion sexuelle. La confusion sexuelle est une alternative intéressante à la lutte chimique dans un programme de production intégrée Son adoption devrait constituer une étape importante dans l’amélioration des pratiques agricoles conciliant  productivité et respect de l’environnement, tout en maintenant la confiance des consommateurs des fruits. La mise en œuvre de  la confusion sexuelle obéit à des modalités précises concernant à la fois les niveaux de population des ravageurs, l’organisation de l’opération, la préparation de la parcelle, la fixation des diffuseurs sur les arbres et le contrôle de la pression pendant la saison dans le verger « confusé ». Si l’une de ces obligations n’est pas respectée, les conséquences peuvent être  désastreuses ou tout simplement aller à l’encontre de l’objectif souhaité.

L’introduction, dans l’atmosphère de la culture, de quantités de phéromones sexuelles synthétiques suffisamment importantes empêche les mâles de localiser les femelles :

*En masquant les traînées de phéromones naturelles émises par les femelles ;

*En altérant la capacité des mâles à répondre aux femelles appelantes ;

*En faisant suivre aux mâles des « fausses pistes de phéromones » qui les empêchent de rejoindre les femelles.

A l’intérieur d’un écosystème où de très nombreuses sources de phéromones sexuelles ont été introduites, la probabilité que les mâles rejoignent les femelles est réduite, de même que la probabilité que les accouplements soient productifs.

De deux choses l’une, soit les accouplements ont lieu plus tard (ce qui diminue la fécondité globale de l’insecte), soit ils n’ont pas lieu du tout. Les noctuelles femelles qui n’ont pas été fécondées tardivement n’auront plus le temps de pondre autant d’œufs avant de mourir. Il s’ensuit une diminution des effectifs de la génération suivante et du nombre des larves qui sont susceptibles de ravager la culture. Les phéromones ciblent l’insecte à son stade reproducteur (le papillon adulte) pour l’empêcher de donner naissance à la forme destructrice. Les phéromones utilisées pour dérouter les mâles sont spécifiques des espèces et donc extrêmement sélectives. Elles ne sont généralement pas toxiques et n’ont pas d’effet sur les autres insectes. Il est important de comprendre parfaitement cette différence fondamentale avant d’entreprendre un programme de confusion des mâles.

 

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