« LES JEUNES TALENTS DE L’AGRICULTURE »

Posted On 15 Jan 2020
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“Être une agricultrice différente des autres, avec une ferme urbaine”

Jeanne voulait faire de l’agriculture autrement. Avec sa ferme urbaine plein coeur de Saint-Denis, entre la mosquée et le McDo, elle y est parvenue ! Elle y cultive du maïs doux pour des clients de 135 nationalités différentes, « une richesse culturelle magnifique » insiste la jeune femme dans ce 23e de la série, qui présente les spécificités des parcours et projets des jeunes agriculteurs ayant inspiré le livre de Christophe Dequidt et son épouse Sylvie : “Le tour de France des jeunes talents de l’agriculture”.
Comme son père, producteur de céréales et de bovins allaitants dans l’Eure, Jeanne veut faire de l’agriculture mais pas comme tout le monde. D’abord saisonnière chez le maraîcher voisin, où elle conquiert son autonomie financière mais surtout la fierté de produire pour nourrir les autres, elle part se former au paysagisme à Angers. Lors d’un forum proposé par Agro Campus Ouest, elle découvre les fermes de Gally, acteur majeur de la production agricole en région parisienne depuis maintenant 10 siècles. La structure possède 200 ha de céréales dans le parc du château de Versailles, 1 ha de serres horticoles, plantes aromatiques et potagers, ainsi que trois magasins de vente de produits frais locaux (avec cueillette), fleurs, équipements de jardin, décorations, où elle organise des marchés du terroir, des dégustations et des visites pédagogiques.

« Une exploitation affichant clairement sa volonté de privilégier un commerce engagé et différent, défendant le patrimoine agricole, cela me plaisait », précise Jeanne qui laisse son CV. Trois mois plus tard, les fermes de Gally l’appellent pour la rencontrer et lui proposer une exploitation en plein coeur de Saint-Denis, à moins de 10 km de Paris. 3 ha de terres qui leur ont été confiées par la mairie à laquelle elles appartenaient depuis le départ en retraite de leur exploitant, dont le successeur ne veut pas s’installer dans cette banlieue. Des salades y sont cultivées pour les épiceries des alentours et la centrale d’achat d’Auchan. Une association de la ville, le Parti poétique, y oeuvre également afin de marier art, culture et nourriture. Conformément à la demande de la municipalité, les fermes de Gally ont créé un espace de production, de pédagogie et de patrimoine. Elles cherchent quelqu’un pour le gérer : ce sera Jeanne.

La jeune femme est ravie, elle qui avait envie de se démarquer des autres agriculteurs, puisqu’elle va produire ses légumes et les vendre au marché, entre la mosquée et le McDo. Elle a même l’idée de cultiver du maïs doux, « consommé dans de nombreux endroits dans le monde et que les communautés ayant émigrées ici ont du mal à trouver ». Grâce à cela, elle gagne de la crédibilité auprès de la population, originaire de 135 pays. « Cette richesse culturelle est magnifique. Les gens viennent partager leurs traditions et me demandent de l’aide pour apprendre à entretenir leur jardin communautaire. Beaucoup ont une origine agricole et rurale comme il y a 30 ans en France. Tout le monde se respecte et il n’y a pas de vol. » La ferme urbaine de Jeanne, en pleine terre avec un objectif clair de rentabilité, est bien différente des projets de culture sur les toits, les parkings ou les conteneurs que montrent régulièrement les médias et qui peinent à trouver leur modèle économique.

Agriscoop
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